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Cahier des remontrances. plaintes et doléances, moyens et avis, rédigés en l'assemblée générale du tiers - Etat de la communauté de Suriauville convoquée aujourd'hui 14/3/1789 en exécution de la lettre de sa Majesté du 7/2/1789, du règlement du dit-jour et de celui du 24/1/1789 y annexé.
Au Roy Sire
Les gens composant le tiers - Etat de la commune de Suriauville, pénétrés de la confiance la plus entière dans les bontés paternelles de votre Majesté, osent faire parvenir jusqu'à elle leurs très humbles et très respectueuses remontrances, plaintes et doléances, moyens et avis qu'ils ont à proposer pour la réforme des abus dont ils sont grevés ; et l’établissement d'un ordre qui, en assurant la prospérité du royaume, rende supportable la situation de la chose la plus malheureuse des sujets de votre Majesté ; en conséquence, ils vous supplient Sire d’ordonner :
l- Que dans les délibérations des Etats- Généraux on opinera par tête et non par ordre
2- Que dans les impôts qui pourraient être librement consentis par la nation, soient supportés par tous les sujets de votre Majesté, indistinctement, en raison des forces et facultés de chacun. Les dispositions, que le clergé et la noblesse ont fait paraître dans les assemblées préparatoires des différents ordres de cette province, laissent à celui du tiers - Etat les plus grandes espérances de voix et d'entité et universellement adopté ; il serait nécessaire cependant d'excepter de la règle générale les bas officiers et soldats actuellement en exercice, leurs femmes et les veuves de ceux qui seront décédés au service de votre Majesté.
3- Nous laissons aux députations des plus notables de l’ordre du tiers - Etat le soin d'examiner les besoins de l'Etat, leur cause, d'aviser aux moyens les plus promis et les plus analogues à la constitution du royaume, d'y pourvoir, soit par les économies, soit par les retranchements des pensions, gages et traitements dans les parties qui sont susceptibles ou par tels autres moyens nécessaires.
4- Nous nous bornons à faire les observations qui suivent, savoir :
5-Que les terres de ce lieu sont la plus grande partie de très mauvaise nature et d'un faible produit par la stérilité du sol, ce dit village étant entouré de montagnes presque de tous côtés, ce qui fait des fouines et torrents considérables par les inondations qui arrivent très souvent, et ce qui porte un très grand préjudice aux cultivateurs, pourquoi les héritages du dit lieu sont de très bas prix dans les mutations, au point qu’une grande partie du finage ne se vend que 15 ou 20 livres le jour.
6-Qu'elles sont très difficiles à labourer et qu'elles exigent au moins la force de 7 à 8 bêtes, tant bœufs que chevaux.
7-Que la dixme se paye à la 7° gerbe, droit exorbitant qui, par sa quotité, est d'un tiers en sus de celui qui le perçoit universellement. Nous demandons d'être assimilés à cet égard aux autres communautés voisines de ce lieu où la dixme ne se perçoit qu'à la 11° gerbe. Cette réforme d'un droit qui surcharge la chose la plus laborieuse rétablira l'agriculture dans ce finage où les terres sont du plus moindre rapport, ils sont chargés d'ailleurs de droits considérables envers les Seigneurs.
8-Que les foins sont de très mauvaise nature en ce que le terrain est presque partout marécageux et mousseux.
9-Qu'il est dû le 12° du prix des dits héritages pour les lots et ventes à chaque mutation.
10- Qu'outre le finage de Suriauville, plusieurs particuliers de ce lieu possèdent encore une petite partie de celui d'Agéville, village qui n'existe plus, excepté une ferme qui en porte le nom qui appartient aux Dames de Ste Glossinde de Metz, lesquelles héritent du dit finage dixme à 12° gerbe.
11- Que les propriétaires des dits finages, n'en aient-ils qu'un demi-jour ou un quart, doivent au Seigneur, comte de Bousey, le droit de bourgeoisie, qui est d'un boisseau de blé et autant d'avoine, mesure de Lamarche, pesant 40 livres, ce qui nécessite les particuliers dans les divisions des biens de famille à se défaire à vil prix de ce qui leur arrive en partage pour se soustraire à ce droit, d'autant que, souvent, leur part ne leur produirait pas de quoi s'en acquitter.
12-Que le fermier des Dames de Ste Glossinde vient de faire contribuer alternativement de particuliers qui ont fait acquisition sur le dit finage d'Agéville ce qu'il appelle droit de revêche, droit dont les plus anciens n'ont aucune connaissance et que lui-même fermier n'a jamais exigé, quoiqu'il y eut plus de trente ans qu'il fût fermier, pourquoi il s'est porté à faire des frais considérables à quantité d'acquéreurs qui, depuis trente ans et de tout temps, étaient dans la plus parfaite sécurité. Ils ne croyaient rien devoir, et comme il est dit, en les prenant l'un après l'autre, ce qui fait que tous ont préféré payer le principal et les frais.
13-Que malgré les dépenses que l'ont a faites pour se procurer des fontaines pour abreuver les bestiaux, on y a pas réussi, ce qui fait que le nourrit en tout genre ne profite pas et que les bestiaux destinés au travail sont très moindres.
14-Qu'il y a certains héritages, sur le finage de Suriauville, qui sont grevés envers M. le Comte de Frenel, M. le Marquis des Salles, les dames Chanoinesses de Poussey, de 16 réseaux de blé ou 32 d'avoine, mesure de La Motte, à chaque St. Martin, ce qui fait une redevance exorbitante pour les propriétaires des dits héritages.
15-Qu'il est répété à chaque habitant pour le four banal une livre de cire que les fermiers de M. de Frenel perçoivent arbitrairement et aux prix qu'il leur plaît de fixer tous les ans.
16-Qu'il est répété aussi à chaque habitant qui nourrissent des volailles, une poule à chaque St. Martin et 1 gros à ceux qui n'en nourrissent point pour droit de poule morte.
17-Qu'il est aussi répété par les Seigneurs 1 gros par chaque fauchée de pré annuellement.
18-Qu’il est aussi répété pour les susdits Seigneurs 6 gros pour chaque Bourgeois maltrayant et aussi 6 gros par chaque bête tirante aussi annuellement.
19-Qu'il est également répété par les dits Seigneurs 6 gros à chaque bourgeois forain qui possède du bien sur le finage de Suriauville.
20-Que le pressoir du lieu est banal ce qui gène exorbitement tous ceux qui ont des vignes dans ce lieu par la mauvaise administration de cette dite usine.
21-Que cette communauté n'a de pâquis pour la hare que la tranchée séparative de ses bois, mauvais pâturage où il n'y croit presque que des genêts et de la bruyère sur un terrain sablonneux.
22-Que depuis quelques années, on a presque fait couper tous les bois de cette communauté, tant de perchis que de futaille, ce qui la prive de la plus grande partie de son pâturage, à défaut de reconnaissance des taillis défensables par M.M. les officiers de la gruerye, ce qui est cause que cette susdite communauté avait autrefois des bois à très bon prix et que maintenant elle les paye très cher, que la futaille des dits bois était supérieure, tant en chênes qu'en hêtres, et à même de fournir et réparer plusieurs villages incendiés. Que maintenant, à peine en trouve-t-on pour les réparations ordinaires de l'endroit.
23-Qu'il en a coûté à cette communauté une somme exorbitante pour les aboiements de ses bois, et les mettre en coupe réglée, sans que cela ne diminue rien sur les droits des officiers de gruerye pour la délivrance annuelle de ses affinages, puisqu'elle paye encore la somme de 167 livres de France .
24-Que nous payons les dixmes d'agneaux, de cochons de lait, de poulets et de laine de mouton, le tout à douzième.
25-Que ces différentes dixmes, quoique très coûteuses par elles-mêmes, sont encore plus gênantes par la façon dont on veut les percevoir, en exigeant par exemple qu'une truie qui aurait des cochons, il faut lui faire nourrir et n'en point vendre, ni tuer, dut-elle crever, jusqu'à ce qu'il plût aux dessimateurs qui prétendent avoir le choix, viennent après plusieurs invitations les choisir, ce qu'ils font quelquefois au bout de deux mois.
26-Que M. le Curé de ce lieu entretient un vollier considérable en pigeons fuyards, qui porte un préjudice exorbitant dans le finage, tant dans le temps des semailles que dans celui des récoltes, demandons qu'il soit éteint ou au moins diminué considérablement.
27-Que cette communauté paye au Roy, pour la subvention 980 livres, pour les ponts et chaussées 959 livres, pour le vingtième 700 livres, pour la prestation corvéable 328 livres 15 sols, le tout argent au cours du Royaume.
28-Qu'il y a dans cette communauté la moitié des habitants très pauvres, au point qu'ils ne payent pas tant des impositions ci-dessus énoncées qu'ils payent de plus au Seigneur du lieu. Plusieurs d'entre ceux-ci étant réduits à la dernière extrémité et à la charge du reste de la communauté.
Telles sont les très humbles et très respectueuses remontrances et doléances, plaintes, avis et moyens que proposent Sire, de votre Majesté, les très humbles et très fidèles sujets, les gens composants le tiers - Etat de la communauté de Suriauville

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